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Lacostades vol. 2 no 4, décembre 1991 (Rédacteur : M. Jean Lacoste)
Les mémoires d'un vieux radoteux (partie 7)
par M. Philippe Lacoste
Léonidas Lacoste
Léonidas est né le 3-9-1879. Il fut mon compagnon de classe et mon associé à l'ouvrage jusqu'à sa mort en 1914. Il était plus petit de taille que moi. Il était vif et sportif. Il n'aimait pas l'école mais apprenait plus vite que la moyenne. Il aimait bricoler et on n'avait pas besoin du catalogue Eaton pour nos jouets car on les fabriquait nous-mêmes.
À 16 ans, il monta au camp de bûcherons sur la Kippawa avec ses Johnny et David Lacoste et un bon groupe de St-Louis. Parti au mois d'août, il revint au mois de juin après la drave. Il retourna l'année suivante à la même place, puis avec Damien à Blind River, puis sur la Nation avec moi, à Canoë Lake.
Mon père lui avait donné une belle jument et il s'acheta un top-buggey. C'était la voiture de luxe dans ce temps-là. C'est Émery Bélisle de Papineauville qui fabriquait ces voitures. Mon frère aimait les chevaux mais moi, c'est la lecture qui m'intéressait.
Au printemps de 1898, en revenant de la drave avec Damien, il se rendit à Billing's Bridge et s'éprit de sa cousine Joséphine Lécuyer, une très jolie fille. Il correspondit avec elle toute l'année et, au mois de juin 1899, j'allai a Ottawa avec lui. Il avait l'intention d'aller la voir et l'on se rendit à Billing's Bridge à cette intention. On arrêta chez ma tante Victoire qui demeurait près de l'église. Notre cousin Léandre Sabourin qui était là, lui annonça que Joséphine était mariée de la semaine avec Léo Blais. Cela l'affecta beaucoup et on revint le même soir.
Nous étions très amis avec les Séguin et Léonidas commença à sortir avec Georgiana Séguin. Les fréquentations devinrent bientôt sérieuses et ils s'écrivirent tout au long de l'hiver.
Au mois de juillet 1901, ce fut le mariage de Télésphore Séguin. Il fut question de mariage entre Léonidas et Georgiana, mais ils remirent cela d'un an, et elle invita Léonidas aux noces. Mais le soir, elle dansa et passa la veilléeavec un autre garçon et, vers minuit, elle partit avec ce garçon pour aller prendre un lunch. Voyant ce qui se passait, j'amenai Léonidas et lui dit :"Allons-nous en, ils ne nous traitent pas comme des amis. Il vaut mieux que l'on s'en aille." C'est ce que l'on fit, mais Léonidas avait beaucoup de peine. Nos parents, qui étaient aussi aux noces, nous approuvèrent plusieurs jours plus tard. Léonidas me demanda d'aller avec lui pour rapporter ses lettres et sa photo et réclamer les siennes. Malgré les protestations et les promesses de la demoiselle, il resta inflexible, et elle regretta beaucoup sa folie.
À quelque temps de là, ma tante justine vint passer deux semaines chez nous avec deux de nos cousines, Hélène Sabourin et Anna Lécuyer, la soeur de Joséphine. Léonidas se lia d'amitié avec Anna et ils s'écrivirent tout l'hiver. Ils se marièrent l'année suivante, le 18 juin 1901 et l'on demeura ensemble chez mon père jusqu'en 1907 alors que j'allai demeurer sur la terre que l'on avait achetée de Couillard. Mais on continua à travailler ensemble comme associés jusqu'à sa mort en 1914.
Il fut inhumé avec 4 de ses enfants morts durant l'année dans le cimetière en arrière de l'église dans le lot familial. Je continuai d'aider sa veuve dans ses travaux. Elle se remaria en 1919 avec Émile Backs, veuf et bien bon garçon.
Alors elle voulut vendre la terre mais c'était trop compliqué, Léonidas ayant légué ses biens à ses enfants et l'usufruit à sa veuve tant qu'elle ne se remarierait pas.
Ma mère avait une hypothèque pour garantir sa rente, et moi, j'avais été nommé tuteur des enfants: il en restait deux, Léonie et Léo, ce dernier étant né après le décès de Léonidas. Anna, la veuve de mon frère, confia sa cause à l'avocat Ste-Marie et ma mère confia la sienne à Damien qui alla voir Forand. Moi, je leur dit que j'étais obligé de défendre les intérêts des enfants. Ste-Marie fit vendre tout le roulant par encan. Pour les machines, j'étais moitié-moitié avec elle, et l'on prit un arrangement : je les achetai toutes. J'allai à Hull voir H.A. Fortier, notre député, et lui demandai conseil. Après avoir pris connaissance de tous les faits, il me dit que le prix de la terre ne suffirait pas pour payer tous les frais. J'allai voir Anna à Ottawa et lui fis rapport. Elle arrêta les procédures.
Je dus m'occuper de la terre jusqu'à la majorité de Léo en 1935, ce qui me causa beaucoup de troubles pour la collection du loyer. J'ai tout fait cela bénévolement et en 1935, je rendis mes comptes. Je continuai à m'occuper pour eux de louer et collecter le loyer.
En 1938, Joseph leur fit une offre qu'ils acceptèrent et il acheta.
Anna est décédée le 20-11-1951 à l'âge de 67 ans et Émile est décédé le 8-1-1956 à l'âge de 72 ans. Ils reposent tous les deux dans le cimetière Notre-Dame d'Ottawa.
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