Lundi 1 février 2010
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Lacostades Volume 1, Numéro 4 ( Octobre 1990)
(Les Lacostades sont éditées par M. Jean Lacoste)
Les voyageurs des pays d'en haut
Pour plusieurs d'entre nous, l'expression "pays d'en haut" évoque une série télévisée dont l'intrigue avait comme décors la région au nord de St-Jérôme. Du temps de
nos ancêtres, du temps de la Nouvelle-France, cette même expression désignait une autre région soit celle des Grands Lacs. Mais pourquoi nos ancêtres s'intéressèrent-ils à cette région,
pourrions-nous demander ? La réponse est assez simple. Ils y trouvaient une richesse, la seule véritable qui intéressa les Français : la fourrure. Il fallait cependant aller la chercher. Et voilà
que nous entrons dans le vif du sujet que nous allons traiter ici.
Situons d'abord le contexte. Nous sommes alors aux 17e et 18e siècles. Les Français se sont installés dans la vallée du Saint-Laurent. Ils ont noué avec les Amérindiens des liens commerciaux qui
leur assurent un certain approvisionnement de fourrures, un produit très prisé en France. Il faut donc très tôt organiser, en Nouvelle-France, un système qui permettrait d'avoir plus de
fourrures à expédier en France. déjà des explorateur ont fait connaître vers le centre-est de l'Amérique du Nord. Ils ont aussi,par le fait même, découvert le potentiel commercial de cette
région. Comment rendre ce potentiel profitable pour la France ? Voici une description sommaire du système qui fut alors développé et qui nous permettra de répondre à cette question. D'abord
la France dut marquer sa présence dans ces régions éloignées (pays d'en haut) par des postes de traite et des forts. On dut aussi développer l'approvisionnement de ces postes. <et finalement on
dut trouver le moyen de ramener vers la vallée du Saint-Laurent les fourrures acquises auprès des Amérindiens.
L'acteur principal de ce lien entre les postes éloignés et le coeur de la Nouvelle-France (vallée du Saint-Laurent) fut le voyageur. Qui étaient ces voyageurs ? Il s'agissait de jeune hommes forts,
intrépides, courageux. Ils partaient de Ville-Marie au printemps et revenaient à l'automne ou l'année suivante. Ils avaient comme obstacle : la distance, les portages et les moustiques.
Mais au retour, les attendait un salaire intéressant. Ils avaient aussi joui d'une liberté que la Nouvelle-France n'offrait pas toujours aux jeunes.
Nous pourrions certes dire encore plus sur le commerce de fourrures en Amérique, mais j'en viens à la raison qui m'a fait choisir ce sujet. Et vous aurez deviner que
je voulais évoquer nos ancêtres familiaux. Établissons d'abord qu'il est peu probable qu'Alexandre Lacoste dit Languedoc ait exercé ce métier, ceux de soldat et d'agriculteur l'ayant
suffisamment occupé. Cependant les fils de notre ancêtre furent voyageurs à une certaine époque de leur vie. Je signale à titre de renseignement que si certains fils d'Alexandre Lacoste et de
Marguerite Deniau ne semblent pas avoir de descendance québécoise, il est très probable que ces derniers quittèrent la vallée du Saint-Laurent pour s'établir dans la région des Grands Lacs,
ces départs étant reliés au fait qu'ils aient été voyageurs. Mais revenons à notre sujet et mentionnons que des dizaines de preuves existent, sous forme de contrats notariés, quant à l'engagement
des fils d'Alexandre Lacoste envers des marchands de fourrure comme voyageurs. Le contrat que je vous présente ici concerne Antoine Lacoste. Pourquoi Antoine et non pas un autre fils d'Alexandre
Lacoste ? Tout simplement parce que je suis un descendant de cet antoine et que j'y ai accordé une attention toute spéciale.
Méthode de présentation du document
Comme je l'avais fait dans mon livre sur l'ancêtre Lacoste, je vous présente d'abord la photocopie du document conservé aux Archives nationales du Québec, et ensuite la paléographie que j'en ai
faite. Lorsque vous aurez examiné ces documents, je vous invite à lire les quelques remarques qui suivent.
1. Destination : le poste de Détroit du lac Érié;
2. Travail à faire : monter un canot de marchandises (ravitaillements, objets de troc) et ramener vers Ville-Marie des pelletteries.
3. Duré du voyage : revenir dans la même année.
4. Salaire : 136 livres de France, ce qui valait 25% de plus que la livre de Nouvelle-France. Il semble cependant que les voyageurs préféraient être payés en castor. Voyons à ce sujet un extrait
des Relations des Jésuites. Il s'agit du récit du père Le Jeune cité dans la Nouvelle-France 1534-1713. L'histoire canadienne est racontée à travers ces documents, collection dirigée par Michel
Allard, Guérin, 1976, 162p. L'extrait est à la page 97.
"La pelleterie est non seulement la meilleure étoffe et la plus facile de mettre en usage, qui soient en ces contrées; mais aussi la monnaie de plus haut prix... Les journaliers aimaient mieux
y recevoir le salaire de leur travail en cette monnaie qu'en aucune autre."
La fourrure qui avait plus de valeur était celle du castor. Il est assez ironique de le constater puisque cet animal figure sur une pièce de monnaie qui sert à exprimer parfois les choses de
peu de valeur : ça vaut pas cinq cents !
Conclusion. Le 14 avril 1725, Antoine Lacoste s'engagea devant le notaire David comme voyageur. Il ne fut pas le seul fils d'Alexandre et de Marguerite à le faire. Il ne fut pas le seul jeune
Canadien à vivre l'expérience.
Nous constatons ici, comme nous l'avons constaté ailleurs et le constaterons encore plus tard, que la famille Lacoste, tout au long de son histoire et de celle du Québec, a été, est et sera une
famille qui, au travers des gestes du quotidien, participe à l'évolution de notre société.
Jean Lacoste
Paléographie
14e avril 1725
Engagement de
antoine Lacoste dit
Languedoc, avec les Sr Nolan et Cosme
Pardevant nore fut présent antoine La Coste
dit Languedoc voyageur demeurant à Boucherville de
present en cette ville Lequel a reconnu Et Confessé s'etre alloué
Et Engagé avec Sr Jean Marie nolan, Et pierre Cosme
a ce présent Et acceptant pour monter a leur premiere
Requision au poste du Detroit du lac Érié pour descendre la
presente année pour ayder aq monter un canot de marchandses
Et en descendant Dans les tems ayder aussi a Conduire un
Canot charé de peleteries desquels effets tout en montant
Que descendant Led Engagé a promis avoir Soin du Mieux qu'il
Luy sera possible Et les garantir autant qu'il pourra de
tous accidents Et dommages Faire le profit Desd Sr de
Nolan et Cosme, Eviter leur dommage Les En avertir s'il
Vient a Sa connaissance, Leur obéir En tout ce ui lui sera
Commandé de licite et honneste, Cest engagement aijnsi
fait poue etmoyennant la Somme de Cent trent
Six Livres de france, que Lesd Sr de Nolan et Cosme
ont promis promettent et S'obligent Bailler et payer
aud Engagé aussi tot son arrivée en cette ville à leur choix
en argent, ou en peleteries aux prix que les marchands
Equipeurs les prendront pour Lors pour Cause
d'Equipemt apeine & car ainsi & promettant &
obligeant& Renoncant & fait Et passe aud Villemarie
Etude dud nore Lan mil Sept Cent vingt Cinq le
quatorzieme avril apres midy En presence des Srs Charles Benoist et Simon guillory temoins qui ont
avec Led Sr nolan Et nore signe, Led Sr Cosme
Engage ayant déclaré ne le scavoir de cet Interpelle apres
Lecture faite Suit Lorde
Benoist (et paraphe) Guillory, J.M. Nolan
David (et paraphr)
nore Royal
Par Donald Lacoste dit Languedoc
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Publié dans : Lacostades 1990
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