
"Le M. le fameux vaurien de la Tortue"
patriote de 1837-1838, exilé en Australie
François-Maurice Lepailleur, un patriote exilé en Australie, a tenu un journal tout au long de cet exil. Étienne Languedoc est une de ses victimes préférées. M. Lepailleur est un bigot et Languedoc un impie et un coureur de jupon. Les atomes crochus ne prennent pas entre eux. Mais avant de laisser parler le journal de Lepailleur, une courte biographie du sieur Étienne Languedoc.

Né à Saint-Philippe-de-La Prairie, le 1er janvier 1818, fils d'Étienne Lacoste dit Languedoc et de Josèphe Provost. Cultivateur de Saint-Constant, 22 ans, 5'5", illettré. Son père est décédé en 1820. Habite chez son oncle Pierre Provost, époux en secondes noces de Josèphe Tremblay. Voir ;a ce sujet la lettre de Jacques Longtin, le 17 mai 1840, et la lettre de Josèphe Tremblay au procureur général Ogden. Julien Languedoc, son frère, est décédé du choléra, à 14 ans (Saint-Édouard-de-Napierville, 1834). Ami de Pascal Pinsonnault. Tatouages au bras droit : aigle; deux drapeaux; liberté; SL; tatouages au bras gauche : étoile, sirène. Célibataire Pc. 11. Fait partie du dernier groupe de cinq à revenir au pays en juin 1848.

23 mars 1840 On commence à faire le même ouvrage que la semaine dernière : casser la pierre, décharger les barges, charger la pierre du quai sur les gros tas de pierre, sasser la petite pierre d'avec la grosse, charrier la pierre que l'on casse sur les tas de pierres cassées, ainsi du reste. Huit personnes charrient la pierre cassée dans les chemins, qui sont les Dumouchelle, les Thibert, Turcotte, Guimond, Languedoc et B. Mott. Ces huit personnes n'ont rien ;a faire que de charroyer la pierre casser dans différentes places.
27 mars 1840 Mais Languedoc ayant manqué à son devoir, ayant laissé ses animaux pour aller à une cabane voir une femme, a été puni et a été mis au cachot depuis quatre heures du soir jusqu'au lendemain au matin, avec promesse de ne plus retourner voir les deux filles de la cabane.
30 juin 1840 M. Baddely a été averti hier, par un homme de police, de se trouver aujourd'hui à Sidney, avec ses témoins, pour paraître contre les sergents Lane et Gorman et trois autres. [.........] Ses témoins étaient : Bourdon, Morin fils, Ducharme, Joseph Dumouchelle, J.-M. Thibert, Languedoc, Guimond, Mott, Jean Laberge, Jean-Baptiste Trudel.
1er juillet 1840 Ses témoins sont les premiers Canadiens de notre brigade qui vont à Sidney.
14 juillet 1840 Pascal Pinsonnault et le fameux Languedoc se sont battus ce matin. Il paraît que Languedoc se trouve incapable de travailler aujourd'hui. Ils ont fait trois prises. Pinsonnault paraît assez bien.
24 septembre 1840 Languedoc a été grondé sévèrement, ce soir, pour aller se promener trop loin, dans la rairie d'ici, par notre surintendant.
8 octobre 1840 Languedoc a été branché [grondé], ce soir, par M. Baddely, pour s'être baigné sans permission. Toutes ces petites fautes peuvent faire déshonorer une personne si le commandant voulait s'en prévaloir.
3 novembre 1840 Étienne Languedoc avait pris un plan pour faire punir le surintendant Baddely et Bourdon. Il paraît qu'il avait écrit tout ce qui s'est passé dans l'établissement, depuis que nous y sommes, et adressé à M. David Lennox. Cette affaire aurait été sérieuse pour le commandant. C'est Louis Guérin qui a découvert la chose et qui en a averti Bourdon. On a foutu mon Languedoc au cachot et on lui a ôté ses deux lettres.
27 décembre 1840 Nous allons à la messe aujourd'hui à Paramatta. Il fait extrêmement chaud. Étienne Languedoc a été puni bien à propos aujourd'hui : il a refusé d'aller à la messe bien grossièrement, et c'est pour la troisième fois qu'il rit de ceux qui vont à la messe. M. Baddely en a été averti et il est venu lui-même, ce matin, à notre partance. Il a fait venir Languedoc devant lui, lui a fait mettre les fers aux mains, derrière le dos, et l'a condamné de venir à Paramatta, derrière nous, jusqu'à la porte de l'église, et rester là tout le temps de la messe, et d'en revenir après la messe derrière nous. Il devait être conduit par Laberge et Trudel et, s'il n'allait pas bien, de le battre avec une canne. Cette punition était presque aussi humiliante pour nous que pour lui. Et le sans-coeur y aurait été en souriant ! Après avoir parlé, quelques-uns de nous, à M. Baddely, il changea sa punition : il resta enchaîné toute la journée et le fit marcher depuis l'établissement jusqu'à la barrière du chemin, toute la journée, sans arrêter et d'un bon pas. Le messager Plunkett avait ordre de le faire marcher vite et, s'il ne voulait pas aller vite, de le battre avec une grosse canne. Cette punition est assez dure, surtout d'un temps aussi chaud qu'il fait aujourd'hui. Languedoc est après retirer le fruit de son mauvais comportement à Montréal, et J. Rochon aussi. C'est la troisième punition que Languedoc reçoit, et Jérémie, deux fois.
29 décembre 1840 M. Baddely nous fit mettre tous en rangs au son de la cloche, ce soir, vers les cinq heures: apr;es, il fit sortir Étienne Languedoc des rangs et lui dit qu'il avait écrit à Son Excellence, rapport à lui, et que le gouverneur lui avait répondu qu'à la prochaine faute qu'il ferait il l'enverrait à Pinch Gut Island, pour 12 mois. Ce Pinch Gut est une petite île dans le port de Sidney qui n'a qu'un demi-arpent carré, et ce n'est qu'en galets. Il y a déjà plusieurs prisonniers dans cette petite île; on travaille là à l'ardeur du soleil toute l'année, sans aucun abri quelconque; c'est une punition assez sévère. Cette punition se fera sans forme de procès pour les prisonniers canadiens et c'est ce que Languedoc gagnera pour sa bonne conduite depuis ls prison de Montréal. Quelle crasse ! lui et son compagnon !
21 janvier 1841 Le caporal Thomas Maines a été rapporté aux autorités pour avoir gardé une fille avec lui pendant une dizaine de jours. C'est M. Baddely qui l'a rapporté, c'est bien à propos. Mais il paraît que Maines veut en faire autant de son côté. Cette dernière ne fera pas d'honneur à M. Baddely. Il paraît que Languedoc a bien instruit le caporal de tout ce qui s'est passé à l'égard de la mauvaise conduite que M. Baddely a tenue depuis qu'il est surintendant à Longbottom.
25 janvier 1841 Bourdon a fait la visite de la boîte de Languedoc et il y a trouvé toutes les médecines que Languedoc avait dit avoir prises, dans le temps qu'il se faisait passer pour malade. Je crois que M. Baddely prendra sur lui d'envoyer Jérémie et Languedoc à l'île à la pierre, qui est devant la ville de Sidney.

22 février 1841 Jour de grand trouble dans l'établissement. Le messager Plunkett a eu deux lettres de Jérémie Rochon. Languedoc adresse une adresse à M. Lennox et l'autre à Son Excellence, enveloppées ensemble et adressées au gouverneur, l'informant de tout ce qui se passait dans l'établissement contre nous et contre M. Baddely. La cloche a sonné, ce matin, et nous avons été tous se mettre en rangs. M. Baddely a fait premièrement sortir Étienne Languedoc des rangs et lui a dit qu'il allait le faire punir pour une hache qui manquait au gouvernement et qu'il avait vendue; après quoi Languedoc fut mis au cachot. Après M. Baddely fit sortir Jérémie Rochon et lui demanda s'il n'avait pas fait des écrits contre lui et contre tous ses compagnons. Jérémie nia. M. Baddely envoya chercher deux lettres qu'il avait chez lui, et demanda à L. Rochon si c'était là sa signature. Il dit que oui. Ces deux lettres contenaient de quoi nous faire punir tous, non pas de ce que nous avions tous mal fait, mais nous ont ôté beaucoup de privilèges. Rochon doit être envoyé à Paramatta pour être puni. [.......] Un baillon de fer a été fait ce soir pour empêcher Jérémie de chanter. Languedoc a demandé à Bourdon de lui permettre d'aller demander excuse à M. Baddely, en lui disant qu'il avait été mal conseillé. M. Baddely le fit sortir du cachot. Nous avons fait à midi une application à M. Baddely, le priant de faire changer Rochon et Languedoc d'établissement, et nous l'avons signée, à part les deux autres Rochon. Beaucoup de paroles et de troubles pour l'amour de ces deux crasseux-là.
23 février 1841 Je prends le bois ce matin avec 10 hommes et Languedoc en est un. Languedoc veut recommencer son bavardage contre ses compagnons. Je le fais taire et lui conseille de rester tranquille. Ceci était dans le bois, en travaillant. Après être arrivé le soir à l'établissement, Languedoc partit de son chef et s'en alla trouver M. Baddely et lui dit qu'il avait été mal conseillé à faire tous ces écrits contre M. Baddely et Bourdon par Joson Dumouchelle, qui a été au cachot environ une demi-heure , Béchard, Pascal Pinsonnault, M. Morin père, Jean-Marie Thibert, et plusieurs autres ainsi que Paré. Après que M. Baddely eut pris toutes les dépositions de Languedoc et Rochon, il fit assembler tout le monde et fit encore sortir Languedoc du rang et le mettre vis-à-vis nous. Et M. Baddely commença à nous expliquer tout ce que Languedoc avait dit de ses compagnons, et M. Baddely nous montra toute la noirceur du fameux vaurien de Languedoc en le traitant du plus vil et du plus bas des hommes. Il finit par dire qu'il ne reposait pas la moindre confiance sur ce qu'ine pareille crasse pouvait lui avoir déposé, et qu'en récompense d'avoir déposé contre ses compagnons, il le condamnait au cachot jusqu'à ce qu'un magistrat fut arrivé pour lui passer son procès pour avoir voulu attaquer le caractère de ses compagnons. Voila la belle récompense que ce vaurien a gagnée. Lui et Rochon doivent subir leur procès jeudi, devant le magistrat. Languedoc voulait retirer son compagnon et au contraire il s'est plongé dans un procès qui aura, je l'espère, l'effet de le chasser d'avec nous, avec son fameux ami J. Rochon.
25 février 1841 Je suis au bois avec J. Rochon et Languedoc qui sont sortis de leur faute.
15 juin 1841 Lareine et Languedoc ont bien mauvais noms et sont bien soupçonnés pour l'argent de Trudel qui lui a été volé, ces jours derniers, 17/6.
23 juillet 1841 Maître Languedoc a fait une fameuse embardée, ce soir : il a sollicité Oxley, le messager félon, d'aller avec lui, l'autre côté du chemin, dans une mauvaise maison. Ils y ont été et quelques minutes après, M. Baddely a fait appeler Oxley. Point de messager. Bourdon l'a cherché partout, avec le fameux Languedoc. Point capable de les trouver. Ensuite, Bourdon, Laberge, Prieur et Mott ont été en haut de la côte, à dix arpents, et ont trouvé nos deux vagabonds qui ont gagné le bois comme des furibonds. Bourdon a déclaré Oxley et a caché Languedoc, rapport à tous nous autre ensemble. Il avait le front et l'audace de nier à Bourdon qu'il y était, quoique Bourdon l'avait surpris avec la Rougette sur ses genoux. Quelle crasse de Languedoc ! Si ce n'était pas que ça nous donnerait un mauvais nom, il serait fouetté comme l'autre.
26 juillet 1841 Joseph Ingel, qui est Oxley, a été fessé pour avoir été de l'autre côté du chemin avec le fameux Languedoc, dans une mauvaise maison.; il a reçu 40 coups de fouet à Hyde Park, à 11 heures, immédiatement après jugement rendu.
30 juillet Le vieux Rose est venu sur le quai ce matin,, pour voir je sais quoi. Je viens d'apprendre qu'Étienne Languedoc a découvert le commerce de bois au vieux Rose et c'est ce qui a fait que le vieux Rose cherchait les traces de voiture.
3 décembre 1841 Le diable [M. Baddely] a fait le malin hier et a destitué Dussault de la barrière, sans aucune cause que celle qu'il craignait de recevoir des ordres de ses créanciers, et pour le remercier de l'avoir sauvé des mains de Languedoc et Rochon.
14 janvier 1842 [...] :A midi, Lareine s'est aperçu que son coffre a été volé avec 10 £ qui étaient dedans. Cela a été fait par un de nos Canadiens, car le coffre a été mis par-dessous plusieurs autres. Tout le monde doute M. le fameux vaurien de la Tortue [St-Philippe-de-La Prairie] qui paraît avoir été habitué à en faire le commerce.
3 mars 1842 On dit que le fameux Languedoc est arrangé comme un vrai gentilhomme. Le vieux Lareine lui a dit devant tout le monde, chez M. Meillon, aubergiste, qu'il avait acheté ses hardes-là avec ses 37 piastres qu'il lui avait prises en volant son coffre, dans l'établissement de Longbottom, le 14 janvier dernier. Languedoc a le front haut, il s'inquiète fort peu de ce que le monde dit de lui.
24 avril 1842 [...] J'ai appris aujourd'hui que le fameux Étienne Languedoc a été condamné à deux mois de treadmill *pour avoir laissé son maître sans permission, et en outre il était endetté de 3 £. Ce qui choquait le plus son maître, c'était de le voir aller chez les mauvaises créatures, la vieille Anna. Le maître de Languedoc est Roberts. [Lepailleur explique, le 1er novembre 1840, comment fonctionne le treadmill. "... dix-huit hommes montent dans une roue continuellement, et leur pesanteur fait marcher la roue et le moulin"]
2 mai 1842 C'est un jaloux [Bourdon] qui a fait tout ce qu'il a pu pour m'ôter tous les petits avantages que j'ai eu à Longbottom. pour les donner à ses amis. Bourdon ne vaut pas mieux que Languedoc.; ils ont mené tous deux la même conduite. La seule différence c'est que Bourdon était le chat du fameux crasseux de Baddely, l'autre était extrêmement haï.
9 mai 1842 Étienne Languedoc, qui est actuellement au treadmill, se recommande à Dieu et à ses saints pour avoir quelque argent pour l'aider à vivre où il est. Il paraît qu'ils pâtissent beaucoup de faim et de froisd, ils leur ôtent toutes leurs hardes en entrant là. Dussault à qui il a écrit, ainsi qu'à plusieurs autres, n'ont pas voulu lui envoyer aucun argent. Il faut qu'il paie sa mauvaise conduite qu'il a tenue parmi nous, et les vols qu'il a fait depuis plus de trois ans.
3 août 1842 Jeux de course aujourd'hui à Paramatta et je suis resté voir les course avec Hébert et Leblanc. Et le fameux Languedoc est bien venu nous rejoindre.
3 octobre 1842 Je commence aujourd'hui à peinturer et noircir la barge de M. John Roberts, l'ancien maître de Languedoc.
12 juin 1844 20 pardons viennent d'arriver ce soir pour les Canadiens, ce qui fait 25 de pardonnés. Voici les noms des 20 : Bousquet, Buisson, Langevin, Dumouchelle, Turcot, Touchette, Laberge, Pascal Pinsonnault, Hippilite Lanctôt, Languedoc, les deux Longtin, Robert, Lareine, Béchard, Langlois, Marceau, Charles Bouc, J. Rochon, Éd.-P. Rochon.
24 juillet 1844 Noms de mes compagnons passagers dans l'Achilles : M. Huot, Bousquet, Lanctôt, Turcot, Goyette, les trois Roy, Éd.-P. Rochon et Toussaint Rochon, Guertin, Touchette, Ducharme, Prévost, Dumouchelle, Buisson, les deux Thibert, les deux Leblanc, Lareine, Defaillette, les deux Longtin, Robert, Pascal Pinsonnault, Papineau, Alarie, Guérin, Paré et moi. Jphn Hamburge et 15 sont restés à Sidney, qui sont Guimond, Trudel, le docteur Newcomb, les deux M. Morin, René Pinsonnault, Languedoc, Marceau, Langlois, Bourbonais, Bouc, Jérémie Rochon, Joseph Goyette, Gagnon et Prieur.
Le journal de François-Maurice Lepailleur a été publié en 1996 au éditions du Septentrion sous le titre de : "Journal d'un patriote exilé en Australie".
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